Ce soir, j'ai été voir le film Persécution, la nouvelle réalisation de Patrice Chéreau.
Ce film étant un drame, j'ai décidé d'y aller seule (c'est une vieille habitude). Et j'ai bien fait car la relation entre Daniel (Romain Duris) et Sonia (Charlotte Gainsbourg) est telle que je n'aurais pas supporté que l'on me la commente à la sortie du cinéma. Je pense que ce film n'est absolument pas destiné au grand public (d'ailleurs, à Lille, il n'est à l'affiche qu'au Métropole) car il s'attaque à la complexité des relations humaines et surtout aux sentiments refoulés (qu'on a, soyons honnêtes, tous eus à un moment ou à un autre) dont Romain Duris peint parfaitement (et avec une sensibilité déroutante) les contours. C'est ici que l'on se rend compte de la valeur de cet acteur dans le top 5 des meilleurs acteurs français, car son rôle n'est décidément pas facile à jouer: amoureux tourmenté, il ne sait comment exprimer ses sentiments autrement que par la persécution des autres et par le refoulement de la délicatesse ; il se mute alors dans l'enveloppe d'un homme aux allures sombres et aux paroles blessantes, au regard qu'il qualifiera de "mauvais", et aux désirs incertains. Pour oublier que la femme qu'il aime ne cesse de fuir et que sa vie ne mène à rien (et que ça ne s'arrangera pas), il s'enferme dans l'édification de chantiers où il espère se retrouver seul avec lui-même, où il finira par vivre et déchouer chaque jour.
Désireux d'introduire un semblant de chose dans sa vie, Daniel se mêle de celle des autres. Il s'enrage alors dans le commentaire d'une pauvre femme giflée dans le métro, appuie là où elle a mal en prétextant vouloir l'aider, il dépeint la "vie de merde" de son meilleur ami à qui veut bien l'entendre et s'insurge de ne pas être remercié par celui-ci quand il lui asseigne le coup fatal, il persécute Siona occasionnellement, essaie d'attraper le fantôme qui la remplace, en vain.
"Se sentir seul même quand on est avec quelqu'un". Daniel illustre cette phrase à la perfection, il s'acharne à être méchant et vicieux pour se donner une contenance, l'impression d'exister, mais il continue de murmurer son existence lors de ses moments de solitude. Daniel pleure, Daniel boit, Daniel haït les autres mais il les aime pour ce qu'ils détestent être. Et quand un homme se disant amoureux de lui arrive, ce Daniel qui manque en réalité que d'amour, rejette l'idée même d'être complice avec quelqu'un pour de vrai, de cesser de sembler quelqu'un qu'il n'est pas.
Empli de haine, d'incompréhension, de solitude et de monotonie, il s'est pourtant plu à se perdre dans Sonia, une femme tout aussi perdue, qui n'a jamais été elle-même que par Daniel, bien qu'elle soit incapable de vraiment s'engager avec lui. Posée, calme, troublée, elle préfère cacher les choses que crier ce qu'elle a sur le coeur.
Persécution est un film qui se regarde seul de préférence, car l'on ne se sent même pas capable de comprendre l'essence même de cette relation compliquée exposée à l'écran, de ce trio invraissembable d'entités perdues.
Les acteurs sont très bien choisies, la musique correspond bien au film et c'est très bien filmé. Je vous le recommande vivement, sauf si vous n'aimez pas les drames, parce que celui-ci est bien appuyé.
















